Le billet du lundi : Mais que se passe-t-il en Chine ?

La Chine a surpris cette semaine les acteurs de l’énergie en annonçant des mesures destinées à freiner le développement incontrôlé de la production photovoltaïque.

Les tarifs d’achats sont ou bien supprimés, ce qui place l’achat d’énergie photovoltaïque en concurrence directe avec la production au charbon, ou bien baissés substantiellement.

Ces mesures surprennent, dans un contexte où la Chine (25% des gaz à effets de serre) s’affiche comme le leader mondial des énergies renouvelables, après le retrait des Etats-Unis (20% des gaz à effet de serre), en juin 2017, de l’Accord universel sur le climat, signé à Paris. La Chine s’engageait dans son XIIIème plan quinquennal, adopté en mars 2016, dans un plan d’investissement dans les énergies renouvelables de 350 milliards de dollars d’ici 2020.

La Chine devrait ainsi afficher des mises en service de 30 GW d’énergies solaires en 2018, contre 53 en 2017, un chiffre qui pourrait tomber entre 20 et 25 en 2019 et 2020.

Le déficit de 15 milliards de dollars du fonds sur les énergies renouvelables, financés par des taxes sur les factures des consommateurs, peut constituer un élément d’éclairage.

Le gouvernement chinois a justifié son action en assurant concilier engagement dans les renouvelables et solidité de son modèle économique : « promouvoir un développement durable du secteur des énergies solaires » dont il faut privilégier « la qualité », « accélérer la réduction des subventions ». Le choix des mots exprime une certaine inquiétude vis-à-vis d’un emballement du coût du soutien aux énergies alternatives que le gouvernement entend maîtriser pour inscrire ses engagements dans la durée, au-delà d’un bouquet énergétique très majoritairement composé de charbon (64%) et lié à des intérêts de souveraineté nationale.

Les mesures auront une influence directe sur l’autoconsommation chinoise d’électricité, qui sera plafonnée à 10 GW en 2018, alors qu’elle atteignait 19 GW en 2017. Les soutiens à l’autoconsommation passeront, dans leur gestion concrète, aux gouvernements locaux, ce qui mettra fin au système actuel de subvention générale.

Ces annonces sont-elles le signal inquiétant d’un retrait chinois de la dynamique mondiale autour de l’Accord de Paris ? Ou bien seulement un ralentissement temporaire, un coup de frein pour mettre fin à un emballement, comme la France a pu le connaître avec le moratoire de 2010 ?

La situation ainsi créée est intéressante en ce qu’elle semble faire le pari d’une structuration autonome du secteur des renouvelables et de son alignement sur les mécanismes concurrentiels. Elle pourrait permettre de tester à grande échelle un système de production électrique où la croissance des renouvelables se ferait sans subvention ou avec un soutien public réduit.