Le billet du lundi : Petit point sur Linky

Le débat public français fait état depuis plusieurs semaines d’un doute partagé par certains de nos concitoyens sur le compteur Linky, dont le gestionnaire de réseau de distribution Enedis procède à la pose généralisée.

Linky est un compteur qualifié d’intelligent car il fait remonter régulièrement et automatiquement à Enedis les données de consommation. Les avantages de Linky sont connus, partagés par tous les industriels du monde : plus de relevés physiques débouchant sur des rattrapages désagréables de consommation voire sur des litiges, possibilité de piloter sa consommation, moyens pour les collectivités locales de piloter la transition énergétique, etc… Enedis en a posé 11 millions à ce jour, la moitié des foyers en Bretagne sont équipés, tout comme l’ensemble de la ville de Lyon. Ils seront 35 millions dans trois ans en France, et 1,5 milliards dans le monde.

Les opposants de Linky critiquent la présence d’ondes supplémentaires dans les domiciles français, et d’une machine communicante, donc invasive liée aux nouvelles technologies de la surveillance, au cœur de la sphère d’intimité des consommateurs.

Il est difficile de suivre le détail des arguments des opposants. Les foyers français accueillent aujourd’hui une multiplicité d’instruments connectés, téléphones, écrans, porteurs d’une intensité d’ondes sans commune mesure avec Linky. Le consommateur doit donner son consentement à la collecte de la courbe de charge, il peut le retirer à tout moment.

Que le débat ait pris un tour aussi singulier incite à cibler les vrais raisons d’une inquiétude sociale : la généralisation d’ensembles très vastes de capteurs de capacités de calcul et de mesures, de pilotages à distance et de maîtrise de flux structure la vie moderne. Il est par ailleurs logique que les populations aient l’impression que les technologies de contrôle et de surveillance n’ont pas toujours apporté un allégement des actions bureaucratiques dans la vie quotidienne, les entreprises et les institutions liées à l’organisation sociale ayant parfois tendance à les utiliser comme des techniques supplémentaires de contrôle et de gestion.

Toutefois, il est évident que le débat légitime sur la surveillance et l’utilisation des techniques intelligentes à d’autres fins que l’émancipation de l’individu dépasse la pose d’un simple compteur d’électricité, dont rien ne permet de dire, aucune étude, aucun processus, qu’il participe au sentiment d’étouffement contemporain. Linky est un produit de progrès, issu d’une innovation mondiale, qui donne des outils au consommateur, aux industriels, aux fournisseurs d’énergie, aux gestionnaires de réseau, aux collectivités locales, pour lutter en faveur de la transition énergétique. Lui faire dire autre chose est une erreur, l’effet non maîtrisé d’une angoisse exploitée, ou une mystification organisée.